KRIS
OU
CHRISTINA
Modèle, Book.fr
En apnée, oui, et sur scène, aussi.
Le monde sous-marin et les spectateurs sont autour d'elle.
De cette silhouette née au début des années génériques, de cette décennie qui a vu le monde
basculer.
Elle nage comme une sirène dans l'eau, oui, et ses mouvements sont calmes, souples, précis.
Ondulatoires, aussi.
A l'instar de son grain de voix dont le velouté, hautement féminin, évoque les grands espaces de
l'Est.
Du côté de Prokofiev.
Du côté de Ligeti.
Les cartilages de mon équidé continuent d'avancer sur la grève, cependant que mon regard, de
mon heaume, se projette vers l'écume et le large, là où elle se trouve théoriquement.
C'est ce que me dit mon instinct, approximativement.
L'instinct de Magnus ou de l'Occident, dirigé vers le grand Est.
De l'Atlantique à l'Oural, avait-il dit...
Des yeux tout aussi métalliques que malicieux pour une jeune femme curieuse et passionnée,
volontiers mutine, par surcroît, comme en témoigne la saisie du bâton de rouge à lèvres par son
architecture labiale déjà fardée de rouge. Au cordeau.
La bouche de Christina est souple, mouvante... souriante.
Ses cordes vocales sont aériennes, libres comme des volatiles de grande envergure, tout aussi
hésitantes que déterminées.
Les défilés l'attendent.
Découvertes de vêtements tous plus classiques les uns que les autres, qui mettent en valeur des
mensurations douces et toniques, douces et félines.
Les chaumes de l'Europe centrale et orientale, balayés par le vent, se sont abattus autour de son
visage aux traits épurés et affirmés.
Qui ne demandent, par l'instantané, qu'à être rehaussés.
De nombreux clics avant le déclic.
N'est-ce pas, Christina ?
CHRISTINA
II
Chlore/Corail est en train de se diffracter.
Loin du cortex de Magnus. Loin du Chevalier...
Pourtant, l'instinct de mon équidé, associé au mien, ne peuvent se compromettre.
En quelques cliquetis, nous avons monté les quelques rectangles de pierre classique, avant de
parvenir jusqu'à cette grande surface de plexiglas.
Derrière laquelle un long rectangle chloré vient d'accueillir la silhouette regroupée de la sirène
slave, en un son mat, bref, sans écho.
L'éventail du volatile est vaste.
Oui, il m'en souvient, un défilé qu'elle m'avait offert, avec en guise de trophée une paire de
chaussures noires à talon, à l'intérieur desquelles ses tarses toniques et souples avaient paradé.
Je me souviens d'avoir apposé ma main d'écrivain comme étanche au temps sur la surface lisse
comme du métal de ses chaussures, un geste qui lui avait beaucoup plu.
Il m'en souvient, aussi, ses jambes écartées et talonnées au sein desquelles évoluait, à hauteur de
gorge, la viole de gambe.
Entre provocation et contention, audace et fraîcheur, Chlore/Corail oscille...
Lentement, dans un geste si répété qu'il en est ancestral, je déchausse le heaume, désormais
déposé sur le seuil de ce sanctuaire de la natation.
Le crin est abondant et resserré, suffisamment pour contenir une missive qu'elle pourra y insérer.
Pour me dire ce qu'elle attend de la suite de notre histoire...
CHRISTINA
III
Résumer cette jeune femme et le spectre de son psychisme reviendrait à mentionner un certain
nombre d'éléments, en ce début de narration : une viole de gambe, un archer, des cordes vocales,
une profondeur sous-marine, une plastique athlétique...
Un bâton de rouge à lèvres...
Dont la masse biseautée s'abat avec souplesse, là, sur la partie supérieure puis inférieure de son
architecture labiale, tandis que son regard, au sein du miroir, continue de surveiller l'opération.
Lente, segmentée... toujours en progression.
Ses chaumes étant mouillés...
La fameuse superposition et sa mobilité – afin d'aplanir le fard – prennent alors une démesure
telle qu'elles se substituent à la narration.
Une bibliothèque, maintenant, à l'intérieur de laquelle des titres du Narrateur sont savamment
rangés ou ordonnés.
C'est en dessous chics, au sein d'un fauteuil de style Louis XV, que Christina s'adonne activement
à la lecture. Le marine de son pull au col roulé, relâché, contrastant avec le blanc de sa lingerie à
frises.
Soudain, le combiné se manifeste, l'enjoignant de se hâter afin de quitter le tarmac.
Le Narrateur est soigneusement posé en deux parties égales sur l'assise du fauteuil alors que le
cliquetis de ses talons se fait plus rapide, en direction d'un nouvelle tenue. Qui s'effacera au profit
d'une autre, sur un nouveau podium. A quelques lieues d'ici.
L'odeur seule de Christina demeure...
décembre 2025
Stéphane Pucheu, écrivain stephane-pucheu.ral-m.com